Silver Economie en France : acteurs, innovations et défis d’un secteur en pleine expansion

Deux générations de seniors, deux réalités : l’innovation avance, mais elle doit rester accessible aux plus âgés.

Introduction : un secteur en plein essor mais encore peu visible pour les seniors

La France entre dans une transformation démographique profonde : d’ici 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans. Cette évolution majeure alimente depuis plusieurs années la montée d’un écosystème structuré : la Silver Economie, un ensemble d’entreprises, de start-ups, d’associations, d’institutions, de laboratoires et de réseaux d’innovation mobilisés autour d’un même objectif : favoriser le bien vieillir.

Les initiatives se multiplient dans la santé, la prévention, la nutrition, le numérique, l’habitat adapté, la mobilité, la stimulation cognitive ou encore le lien social. Des structures comme France Silver Économie, Silver Valley, les Gérontopôles régionaux, ainsi que la stratégie nationale « Bien Vieillir » portée par le ministère des Solidarités et de la Santé, contribuent à organiser et accélérer ce secteur.

Pourtant, une question demeure : comment ces innovations parviennent-elles réellement jusqu’aux seniors qui en auraient le plus besoin ?
Car la Silver Economy doit composer avec une réalité complexe :

  • Les jeunes seniors, encore actifs et connectés, ne se sentent pas concernés par les solutions destinées aux “seniors” ;
  • Les personnes du grand âge, les plus susceptibles d’en bénéficier, sont souvent éloignées du numérique, mal informées ou freinées par des démarches complexes.

Entre l’effervescence de l’innovation et les usages réels du terrain, un écart subsiste. Comprendre qui sont les acteurs, quelles sont les innovations et quels défis persistent est essentiel pour imaginer une Silver Economy plus lisible, plus inclusive et plus accessible.

Comprendre la Silver Economie en France

Une réponse au vieillissement massif de la population

Selon la DREES, la France comptait en 2021 près de 18 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus, dont plus de 2 millions en situation de perte d’autonomie, et environ 670 000 souffrant d’une perte d’autonomie sévère.
Les projections démographiques estiment que ce chiffre pourrait atteindre 2,8 millions d’ici 2050, soit 700 000 seniors supplémentaires à accompagner.

Cette hausse ne s’explique pas seulement par l’augmentation du nombre de personnes âgées, mais aussi par leur vieillissement interne. Même si l’état de santé moyen s’améliore, il ne compense pas l’impact du vieillissement de masse.

Ce contexte rend indispensable le développement de solutions adaptées, accessibles et coordonnées, dans des domaines aussi variés que :

  • L’autonomie (mobilité, aides à domicile, adaptation du logement),
  • La santé et la prévention,
  • La nutrition et le bien-être,
  • La stimulation cognitive et le sport adapté,
  • Le numérique et l’accès aux droits,
  • Le lien social et la qualité de vie.

Cet ensemble constitue aujourd’hui un écosystème économique en plein développement.

Un secteur encore mal identifié par le grand public

Bien que de plus en plus présent dans les politiques publiques et le paysage entrepreneurial, le terme « Silver Economie » demeure flou pour une majorité de Français.
Les seniors et leurs aidants connaissent rarement les dispositifs disponibles, ou ne savent pas comment y accéder. Cette méconnaissance creuse la distance entre :

  • L’innovation institutionnelle,
  • et les usages réels du quotidien.

La Silver Eco reste encore, pour beaucoup, un univers invisible.

Les acteurs clés qui structurent la Silver Economie

France Silver Éco : la filière nationale

France Silver Éco fédère les acteurs publics et privés de la filière et a pour mission de rassembler, structurer et animer l’écosystème national du bien vieillir. Elle joue un rôle essentiel dans la visibilité des solutions et dans l’accompagnement des dynamiques territoriales.

Silver Valley : un pôle d’innovation unique en Europe

Fondé en 2013, Silver Valley est l’un des principaux écosystèmes européens dédiés à l’innovation pour les seniors. Il réunit 200 organisations, 4 500 professionnels et une communauté active de seniors bénévoles âgés de 60 à 90 ans, impliqués dans la conception et le test des solutions.
Cette approche centrée sur l’usage en fait un acteur clé pour faire émerger des innovations réellement adaptées au quotidien des personnes âgées.

Les Gérontopôles régionaux : recherche, innovation et coordination territoriale

Les Gérontopôles sont des structures régionales qui réunissent chercheurs, professionnels de santé, institutions et acteurs économiques autour d’une mission commune : mieux comprendre le vieillissement, expérimenter des solutions innovantes et améliorer la qualité de vie des personnes âgées.

Ils évaluent des solutions, accompagnent les entreprises, diffusent les bonnes pratiques et soutiennent les collectivités dans leurs politiques du vieillissement.

Le plus récent, le Gérontopôle Centre-Val de Loire créé en 2025, intervient dans une région où 71 % des seniors vivant à domicile sont en situation de perte d’autonomie — un enjeu majeur. Il fédère les acteurs locaux, soutient l’innovation et répond aux besoins spécifiques du territoire.

Le rôle du gouvernement : une stratégie nationale pour le bien vieillir

Avec la stratégie « Bien Vieillir publiée en 2023, le gouvernement réaffirme sa volonté d’adapter la société au vieillissement. Cette feuille de route, portée par le ministère des Solidarités et de la Santé, s’articule autour de quatre axes majeurs :

  • Mieux prendre en compte les besoins des seniors,
  • Favoriser le maintien à domicile,
  • Renforcer les solidarités,
  • Et prévenir la perte d’autonomie.

Elle mobilise collectivités, associations, entreprises et institutions pour développer des solutions utiles et accessibles au quotidien.

Les grandes familles d’innovations au service du bien vieillir

Habitat et autonomie

Adaptation du logement, prévention des chutes, dispositifs domotiques.

Nutrition et santé

Dépistage précoce, coordination des soins, télémédecine, suivi des pathologies.

Mobilité et activité physique

Solutions de déplacement, sport adapté, programmes de rééducation.

Numérique et inclusion

Ateliers de formation, médiation numérique, applications simplifiées, accès aux droits.

Mémoire et stimulation cognitive

Ateliers mémoire, jeux cognitifs, activités culturelles et stimulation intellectuelle.

Lien social et accompagnement moral

Appels réguliers, clubs de conversation, actions de prévention de l’isolement.

C’est dans cette dernière catégorie que s’inscrit Écoute et Compagnie, même si cet article vise d’abord à offrir une vision globale avant d’expliquer pourquoi certaines solutions demeurent invisibles pour leurs publics.

Pourquoi tant d’innovations restent « invisibles » pour les seniors et leurs aidants ?

Malgré le dynamisme de la Silver Economy, une grande partie des innovations peine à atteindre les personnes âgées… et parfois même leurs aidants. Plusieurs facteurs structurels expliquent cette invisibilité.

Deux publics distincts : les jeunes seniors et les personnes du grand âge

La Silver Economie s’adresse à deux profils très différents :

  • Les jeunes seniors, autonomes et connectés, mais peu enclins à se sentir concernés. A quel âge se sentons-nous sénior au point de rechercher des solutions spécifiques ?
  • Les personnes du grand âge, plus fragiles, souvent éloignées du numérique ou dépendantes d’un tiers pour accéder aux services. Elles ont rarement connaissance des

Cette dualité complexifie la diffusion des innovations.

Les obstacles à la visibilité : numérique, communication, confiance, budget

  • Fracture numérique,
  • Communication centrée sur le digital,
  • Manque d’intermédiation avec les relais locaux,
  • Méfiance vis-à-vis des technologies,
  • Contraintes financières pour une partie des séniors.

Un frein implicite : une visibilité plus aisée pour les initiatives associatives que pour les solutions privées

Les acteurs publics (collectivités, CCAS, caisses de retraite, structures médico-sociales) relaient volontiers les initiatives associatives.
En revanche, ils hésitent davantage à mettre en avant les solutions proposées par des entreprises — même lorsqu’elles sont utiles, simples, adaptées et nécessaires pour le maintien de l’autonomie ou la lutte contre l’isolement.

Ce réflexe institutionnel, fondé sur la neutralité attendue des services publics, contribue à maintenir dans l’ombre des solutions privées pourtant essentielles au bien vieillir d’aujourd’hui.

Le défi territorial : faire venir les services jusqu’aux publics non connectés

Dans de nombreux territoires ruraux ou isolés, le manque de professionnels, la distance et l’isolement accentuent la difficulté à faire connaître les solutions.
Pour atteindre les seniors non connectés, les relais de proximité deviennent indispensables :
pharmacies, CCAS, associations, clubs seniors, mairies, services à domicile, soignants, etc.

Une filière dynamique mais encore fragmentée : réseaux, événements et coopération

Le rôle des salons et temps forts de la Silver Economie

Les salons dédiés au vieillissement jouent un rôle essentiel pour donner de la visibilité aux innovations.
Le Salon Silver Expo, organisé les 25 et 26 novembre 2025 à Paris – Porte de Versailles, en est un exemple majeur.

Écoute et Compagnie y exposera cette année, Stand D43 portée par le Gérontopôle Centre-Val de Loire, en tant que start-up engagée dans la prévention de l’isolement.

Les réseaux professionnels, catalyseurs de visibilité

France Silver Éco, Silver Valley, les Gérontopôles, les clusters régionaux et les associations contribuent à structurer l’offre, à accompagner les porteurs de projets et à diffuser les solutions sur les territoires.

L’importance des expérimentations et partenariats locaux

Les innovations les plus efficaces sont souvent celles testées localement auprès des seniors.
Les collectivités, associations, caisses de retraite et structures médico-sociales jouent un rôle clé dans ces expérimentations, qui permettent d’adapter les solutions aux réalités du terrain.

Focus : Écoute et Compagnie, une innovation pour la prévention de l’isolement des personnes âgées.

Au-delà des solutions technologiques, certaines innovations reposent sur l’humain.
Écoute et Compagnie en est un exemple : une approche moderne et dématérialisée d’un métier ancien, adapté aux besoins actuels des seniors.

Écoute et Compagnie : une dématérialisation moderne d’un métier ancien, la dame de compagnie par téléphone

Écoute et Compagnie réinvente un rôle historique — celui de la dame de compagnie — en l’adaptant aux réalités du vieillissement d’aujourd’hui. Ici, l’accompagnement moral et la présence régulière ne passent plus par des visites à domicile, mais par des appels téléphoniques réguliers, un format simple, familier et accessible à tous les seniors, y compris à ceux qui ne maîtrisent pas le numérique ou qui vivent dans des zones rurales, isolées ou moins bien dotées en services.

Chaque personne bénéficiaire échange avec un interlocuteur unique, qui appelle chaque semaine pendant 30 minutes, à un rythme constant. Cette régularité permet d’installer une relation de confiance, de créer un lien humain durable, et d’offrir un espace d’écoute où l’on se sent reconnu, attendu et estimé.

Au-delà de la qualité des échanges, ces appels jouent un rôle essentiel :

  • Rompre la solitude,
  • Égayer le quotidien,
  • Rassurer,
  • Repérer précocement un changement d’état, d’humeur ou de situation,
  • Maintenir un lien social régulier, même dans les territoires les plus éloignés.

Pour les aidants, souvent pris entre responsabilités familiales et obligations personnelles, Écoute et Compagnie représente un soutien complémentaire précieux.
Le service leur permet :

  • D’offrir à leur parent une écoute régulière et bienveillante,
  • De se sentir épaulés dans leur rôle,
  • De bénéficier d’un relais qui veille à distance,
  • et d’avoir la certitude qu’une personne de confiance prend régulièrement des nouvelles.

Disponible partout en France, et éligible au crédit d’impôt, le service s’inscrit pleinement dans l’écosystème de la Silver Economy : une innovation douce, centrée sur la voix, l’attention, la continuité… et la chaleur du lien humain.

Le téléphone : l’outil inclusif pour les seniors non connectés

Le téléphone présente un avantage essentiel : il n’entre pas dans l’intimité du domicile. Il permet de maintenir un lien humain régulier sans intrusion, ce qui rassure de nombreux seniors, notamment ceux qui souhaitent préserver leur espace personnel ou qui ne souhaitent pas recevoir de visites à domicile.

Parce qu’il fonctionne partout, même dans les zones rurales ou isolées, le téléphone permet aussi d’accompagner des personnes qui n’auraient jamais accès à une dame de compagnie en présentiel faute d’offre locale.

Les appels sont réalisés dans un cadre strictement confidentiel. Ils peuvent, lorsque le bénéficiaire l’accepte explicitement, être enregistrés à des fins de formation interne uniquement.
Les proches aidants peuvent, s’ils le souhaitent, recevoir sur demande le journal des appels (horaires, durées, fréquence), leur offrant une visibilité rassurante tout en respectant la vie privée et le contenu des échanges.

Autre atout majeur : le téléphone garantit une continuité du service, y compris en période d’épidémie, de restrictions sanitaires ou de perturbations locales.
Il permet également de maintenir le lien lors d’un séjour ponctuel à l’hôpital, à condition que la personne soit équipée d’un téléphone portable. Et, comme nous l’avons constaté chez Écoute et Compagnie, ce sont souvent dans ces moments-là que les seniors ont le plus besoin de parler, de partager leurs inquiétudes, ou simplement de retrouver une voix familière et rassurante.

Le téléphone offre enfin un temps 100 % dédié à l’écoute, sans contraintes logistiques, sans déplacements, et constitue une solution financièrement plus accessible qu’un accompagnement à domicile.

Un soutien pour la prévention, le maintien à domicile et les aidants inscrits dans l’écosystème de la Silver Economie

Écoute et Compagnie apporte une aide concrète au maintien à domicile en combinant écoute, vigilance et repérage précoce des fragilités. Les appels hebdomadaires permettent de suivre l’humeur, d’identifier un changement de comportement et d’encourager de petites actions favorables au bien vieillir.

Ce service d’appels de convivialité personnalisés joue aussi un rôle dans la prévention de l’isolement et le soutien moral, essentiels pour la santé des personnes âgées. Pour les proches aidants, il constitue un relais précieux : ils bénéficient d’informations fiables et d’un regard extérieur rassurant, ce qui allège leur charge mentale.

Cette action complémentaire — écoute régulière, prévention, repérage et soutien aux aidants — fait d’Écoute et Compagnie un dispositif simple qui contribue à maintenir les seniors chez eux, dans de bonnes conditions.
Le public pourra découvrir le service, parmi d’autres innovations, au Salon Silver Expo 2025 à Paris – Porte de Versailles.

Conclusion : vers une Silver Economy plus lisible, plus humaine et plus inclusive

Replacer l’humain au cœur de l’innovation

La Silver Economie, malgré son dynamisme et son foisonnement d’initiatives, reste encore difficile à appréhender pour de nombreux seniors et aidants. Innover ne suffit plus : il faut créer des ponts, rendre les services compréhensibles, accessibles et pensés pour des situations de vie très différentes. Placer l’humain au centre — dans l’écoute, la confiance et l’accompagnement — demeure la condition première d’une approche réellement efficace.

Rendre les innovations visibles, accessibles et utiles à tous

Pour que les personnes âgées bénéficient des solutions existantes, celles-ci doivent être mieux relayées par les acteurs locaux, les institutions et les réseaux de proximité.
La prévention, le soutien moral, la lutte contre l’isolement, la coordination des soins et l’accompagnement des aidants reposent sur une meilleure circulation de l’information. Les services doivent toucher les personnes connectées comme celles vivant en zones rurales ou isolées.

Redonner du choix aux seniors, au-delà des idées reçues

La catégorie des « seniors » est loin d’être homogène.
Selon la DREES, le niveau de vie médian des retraités est équivalent à celui de l’ensemble de la population, ce qui signifie que de nombreux seniors ont les moyens de s’offrir des services utiles — si seulement ils en connaissaient l’existence.

Le frein n’est pas toujours financier : il tient souvent à un manque de visibilité, de relais ou d’information. Beaucoup aimeraient pouvoir choisir, comparer, décider… mais encore faut-il qu’ils sachent ce qui existe réellement.

Ne pas oublier les plus âgés d’aujourd’hui : l’innovation doit aussi répondre à leurs besoins immédiats

Beaucoup de start-up de la Silver Economie conçoivent aujourd’hui des solutions pensées pour les seniors de demain : des générations habituées au numérique, plus connectées, plus réceptives aux interfaces digitales et aux outils d’intelligence artificielle. Ces innovations sont pertinentes et nécessaires pour anticiper le vieillissement futur.

Mais elles ne sont pas toujours adaptées aux plus âgés d’aujourd’hui, ceux qui vivent déjà les réalités du grand âge : fragilité, perte d’autonomie, isolement, éloignement numérique, fatigue cognitive ou difficultés à utiliser les outils technologiques. Pour eux, les solutions les plus précieuses restent souvent les plus simples, humaines et accessibles, centrées sur la voix, la présence, la régularité et la confiance.

Alors que beaucoup d’entre eux souhaitent vieillir chez eux, les innovations doivent aussi être pensées pour accompagner leurs besoins actuels — sans complexité inutile, sans condition numérique, et avec une véritable attention portée à l’humain.

Et demain ? L’enjeu de l’IA et la place de l’humain

L’intelligence artificielle entre aujourd’hui dans le secteur du bien vieillir à grands pas : assistants virtuels, robotique sociale, chatbots, automatisation de l’accompagnement. Ces outils peuvent être utiles, mais posent une question fondamentale :
Demain, quelle place laisserons-nous à l’humain dans l’accompagnement du vieillissement ?
Nous sommes les personnes âgées de demain. Avec notre clairvoyance d’aujourd’hui, souhaitons-nous être soutenus uniquement par de l’IA lors de moments de fragilité, de solitude ou de doute ?

Le défi des prochaines années sera sans doute de trouver l’équilibre : tirer parti de la technologie sans jamais renoncer à ce qui fait la valeur du lien humain — la voix, la chaleur, la présence, l’attention.

Un appel à l’action collective

Entreprises, associations, collectivités, aidants, institutions et professionnels : chacun a un rôle à jouer.
La Silver Economy n’atteindra son plein potentiel que si elle devient plus lisible, plus cohérente et plus proche des besoins réels de tous les aînés — jeunes seniors, seniors actifs ou personnes très âgées.

Dans les années à venir, le défi ne sera pas seulement d’inventer toujours plus, mais de rendre visibles et accessibles les nombreuses initiatives qui contribuent déjà au bien vieillir, tout en préservant la place essentielle de l’humain dans l’accompagnement.

par | Publié le 19/11/2025